Provence 7

Le Blanc dans l’architecture en Provence

 

 

 

 

 

 

Dans l’architecture provençale, le blanc puise de profondes racines dans le sol, l’histoire et la culture.

 

 

 

 

Les origines naturelles du blanc en Provence

 

 

Le marbre de la Méditerranée

 

Le mot marbre désigne une roche métamorphique dérivée du calcaire ou carbonate de chaux. Il existe dans une très grande variété de coloris avec des veines ou marbrures mais le marbre a le plus souvent une couleur claire et le marbre blanc est la référence la meilleure de la couleur blanche (avant le talc).

 

Le marbre en général et le marbre blanc en particulier se trouvent dans de nombreux sites du Monde. La Méditerranée occupe toutefois une place de choix.

 

  • Géologiquement, la Mer Intérieure, par ses variations de niveaux, a laissé des sédiments qui expliquent la richesse quantitative et qualitative des marbres que l’on trouve sur son pourtour.
  • Historiquement, la Grèce fait figure de pionnier dans l’utilisation esthétique et symbolique qu’elle fait du marbre.
  • Les marbres les plus réputés et les plus connus sont associés à la Méditerranée : marbre des Cyclades, marbre de Carrare

 

 

L’albâtre

 

 

Ce matériau naturel blanc est utilisé en sculpture et en taille de pierre. A la différence du marbre, roche métamorphique qui se forme en profondeur, l’albâtre  se forme à la surface. On distingue cependant l’albâtre calcaire ou Marbre Onyx des anciens et l’Albâtre gypseux ou alabastrites des anciens.

 

L’albâtre calcaire /Onyx, albâtre égyptien ou albâtre de la Bible est une chaux carbonatée qui est à l’origine de très nombreux vestiges issus de l’Extrême Orient et du Proche Orient. On le trouve autour de la Méditerranée en Andalousie, à Malaga, en Sicile, à Sienne, à Malte, en Corse, dans le Languedoc.

 

En Provence, on le trouve à Boscodon (04) près d‘Embrun sous forme blanche et compacte (alabastrites).

 

Les Grecs et les Romains (et probablement les Etrusques) développent son usage en Provence. L’albâtre sert ainsi, depuis l’Antiquité, de référence en décoration et en sculpture d’objets blancs.

 

 

Le calcaire et le blanc des paysages provençaux

 

 

Les paysages, notamment de calcaire, forgent l’identité de la Provence, le phénomène est accentué par la déforestation provoquée par les incendies.

 

De grands sites naturels de la Provence arborent ainsi fortement la couleur du blanc :

 

  • Le mont Ventoux.

 

 

On retrouve ce blanc notamment dans des fortifications telles que le Fort-Saint-Nicolas de Marseille pour lequel la construction se fond littéralement dans le décor.

 

 

 Les influences culturelles du blanc en Provence

 

 

Le Blanc de la  Grèce antique

 

  • Le mot « marbre » est issu du terme grec marmaros qui signifie « pierre resplendissante » qui a donné le latin marmor.
  • Les Grecs sont les premiers à utiliser si massivement le marbre et à lui donner un tel sens. Ils relient le marbre à l’art et à la volonté des hommes fondée sur la domination d’une matière rare, lourde, fragile, précieuse et difficile à tailler.
  • Les Grecs laissent des symboles puissants tels que leurs plus grandes statues (Vénus de Milo, Discobole…) et leurs plus éminents monuments (Acropole d’Athènes, temples de Grèce, de Sicile...).
  • L’influence Grecque sur la Provence produit les premiers grands monuments (temples, colonnes, statues…)  au point que Marseille, plus ancienne ville de France, se pare dès le 6e s. du Blanc qui associé au Bleu forme son identité.
  • La Villa Kérylos (20e s.) est l’éclatant symbole de la vitalité de ce Blanc Grec ancien.

 

 

La Blanc de la Rome Antique

 

 

  • Rome est la ville blanche et l’Empereur Auguste déclare à propos de son bilan « J’ai trouvé Rome en briques et l’ai quittée en marbre ».
  • Les Romains systématisent les recherches de marbre et perfectionnent les techniques d’extraction et de transformation.
  • En Provence, la Provincia Romana, l’influence romaine est considérable. En développant  le phénomène urbain, les Romains modifient les paysages avec des monuments (arcs de triomphe, temples, mausolées, théâtres, amphithéâtres, aqueducs et viaducs, colonnes, thermes, forum…) des habitations et des statues. On sait aujourd’hui, comme pour le gothique, que de nombreux édifices et monuments blancs étaient parés de couleurs qui se sont effacées mais le fait est là, le blanc est resté ou a repris le dessus.

 

 

Le Blanc de Constantinople

 

 

  • C’est un blanc grec additionné d’un blanc romain.
  1. Sur une culture de base grecque, vient s’imprimer la nouvelle culture romaine.

 

  • Le résultat est spectaculaire  à Constantinople (Istambul) notamment au musée Sainte-Sophie.

 

  • L’influence du « blanc de Constantinople » sur la Provence ne sera pas directe mais différée dans le temps avec, au 19e s.l’architecture néo-byzantine (ex. Notre-Dame-de-la-Garde et la cathédrale La Major de Marseille)

 

 

Les Blancs Romans et Gothiques

 

 

  • En avance sur le reste de la France et pendant une période plus longue, la Provence se couvre au Moyen-Âge d’un manteau blanc d’édifices chrétiens romans. Eglises et chapelles poussent dans cette période de paix retrouvée après l’occupation sarrasine.
  1. Des dizaines de ces édifices sont encore debout.  Ils ont souvent été l’objet de rénovations soignées. le blanc roman peuple ainsi largement et densément le paysage monumental de la Provence.

 

  • La période gothique est assez peu marquée en Provence.
  1. Le gothique laisse toutefois des splendeurs de l’architecture en blanc : le Palais des Papes en Avignon (84), la basilique Saint-Maximin (83), l’église Saint-Jean de Malte à Aix-en-Provence (13), Notre-Dame-de-l’Assomption à Forcalquier (04), la Collégiale Saint-Blaise de Valensole (04)

 

  • La période néogothique du 19e s. ajoute des monuments importants notamment à Marseille (Eglise des Réformés en haut de la Canebière), à Nice (Basilique Notre-Dame sur l’avenue Jean Médecin)… On notera que ces deux églises ont en commun d’être souvent considérées comme étant des « cathédrales ».  La cathédrale  Notre-Dame et Saint-Arnoux de Gap mixe Néo-Roman et Néo-Gothique qui se conjuguent dans le Blanc.

 

 

Les Blancs de l’Italie de la Renaissance et du Baroque

 

Le style Baroque, développé depuis l’Italie après le Concile de Trente (1542), exerce une forte influence sur la Provence Chrétienne mais également païenne.

 

  • Dans les Alpes-Maritimes (06) et, plus particulièrement,  dans l’arrière-pays de Nice, le baroque est éclatant. Le blanc est omniprésent sur les façades et à l’intérieur des édifices : autels, statues, mobilier… Quelques exemples : la cathédrale Sainte-Réparate de Nice, les églises et les chapelles de Saorge, Sospel, Tende, Breil-sur-RoyaMenton (église saint-Michel…)  présentent un blanc triomphant et glorieux.
  • Dans les Bouches-du-Rhône (13), le blanc baroque a ses places-fortes : Marseille, Martigues, l’Isle sur la-Sorgue, Aix-en-Provence, Arles, Lambesc…
  • Le Vaucluse (84) avec Avignon et Vaison notamment, a quelques fleurons baroques.
  • Le Var (83) présente aussi de la Blancheur du Baroque avec notamment la cathédrale  Sainte-Marie-Majeure et l’église Saint-François-de-Paule de Toulon.
  • Les Alpes Provençales sont plus discrètes sur le Baroque, et le Baroque blanc en particulier pour de multiples raisons : la forte présence du style roman, le coût élevé des édifices baroques et la logistique des constructions. Des exceptions notables existent comme la Collégiale Notre-Dame de Briançon (05), par exemple.

 

Les Blancs de l’Espagne

 

Si l’influence italienne en Provence est  évidente pour tous, il n’en va pas de même – à tord- pour l’influence espagnole.

 

  • Pourtant les flux d’échanges, et parfois de conflits, entre l’Espagne et la Provence caractérisent toutes les phases de l’histoire.
  • Le « Blanc d’Espagne » laisse ainsi une empreinte dans l’architecture provençale, principalement en Camargue, dans le pays arlésien et à Marseille. Son influence provençale dans l’architecture religieuse est sensible, surtout dans la période médiévale.
  • L’Andalousie et la Catalogne, en particulier, influencent les donneurs d’ordre et les créateurs (architectes, maîtres d’ouvrages…) et cette tendance pourrait bien devenir plus sensible lors des toutes prochaines années.

 

 

Le Blanc Camargue du Baron Folco de Baroncelli-Javon

 

Le baron Folco de-Baroncelli-Javon (1869-1943), père de la « Nation gardiane »,  codifie de nombreux éléments de l’identité des gardians.

  1. Il oppose ainsi à la noirceur des taureaux et des tenues masculines traditionnelles au blanc des mas et des bergeries.
  2. Ce « style Camargue » sera repris par les photographes, les architectes et les décorateurs du 20 e s. pour devenir un archétype du Sud Provençal.

 

 

Le Blanc de l’Afrique du Nord… mâtiné de Cubisme

 

 

  • L’arrivée des Pieds-Noirs d’Afrique du Nord et le flux touristique intense avec des pays comme le Maroc et la Tunisie ont favorisé le blanc « Afrique du Nord » en architecture, notamment dans l’architecture moderne.
  • De très nombreux édifices publics (hôtels de villes, tribunaux, musées, maisons de la culture, salles de danse, espaces sportifs…)  arborent ainsi le blanc.
  • Ce « Blanc Afrique du Nord « a rencontré le « Blanc et les Cubes » de l’art moderne.
  • Quelques exemples :  la ville de Carnoux-en-Provence (13), l’Ecole Supérieure de Danse de Marseille (13), La Maison Méditerranée de Marseille (13)… Ici le blanc est peint ce qui lui donne un éclat particulier lorsqu’il est neuf mais il est difficile et coûteux à conserver et tend parfois à s’user prématurément.

 

 

Des blancs à la Mode

 

Le  Blanc Provence trouve des inspirations récentes dans des mouvements de modes :

  • Les hôtels Negresco (Nice) et Carlton (Cannes) s’inspirent du baroque et de l’Art Déco. Cet Art Déco se retrouve dans bien des édifices publics et privés de la Provence. Ex. Le Palais de la Méditerranée de Nice.
  • De très nombreuses villas  provençales se sont inspirées de deux grands styles américains :Franck Lloyd Wright, l’architecte de Chicago  des « maisons dans la Prairie » et surtout le « style californien » largement appliqué aux villas de la Côte d’Azur dans les années 60 et 70.

 

 

Le Blanc de la  Grèce éternelle

 

Le blanc Provence aux racines grecques continue de puiser dans les Cyclades avec les flux touristiques vers les îles grecques qui associent fortement bleu et blanc dans les maisons, les photos, les peintures, les films…

  • Un grand nombre de villas blanches de la Provence puisent ainsi leur inspiration en mer Egée… le cycle est éternel.

 

 

 

 

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