Savon de Marseille. © Fotolia.com

 

 

Provence 7

Savon de Marseille


 

 

 

 

 

  • A Marseille, le Savon est une institution, il est devenu œuvre d’art et monument !
  • Peu de produits en France portent le nom de fabrique d’une ville ou d’une région, la Charentaise, la Pipe de Saint-Claude et le Savon de Marseille sont les plus connus.

 

 

Histoire du Savon à Marseille


 

 

  • Les origines du savon de Marseille ne sont pas précises : certains les font remonter au savon d’Alep, d’autres aux Gaulois d’autres encore aux Grecs et aux Romains
  • Antiquité Celte. Les Gaulois utilisent un produit à base de suif et de cendres pour teindre leurs cheveux en roux.
  • Moyen-Âge. Une pâte molle aux propriétés détersives apparaît au Proche-Orient.
    1. L’invention gagne l’Afrique du Nord et la péninsule ibérique.
    2. La fabrication du « savon » gagne  la Vénétie, la Ligurie et la Provence lors des Croisades.
    3. Progressivement les huiles d’olives se substituent aux graisses animales et le laurier entre dans la composition.
  • 13e s. Marseille pourrait commencer à produire du savon.
  • 14e s. Crescas Davin est le 1er savonnier officiel de Marseille.
    1. Des huiles du terroir sont mélangées aux cendres des sansouires de Camargue et à la salicorne de Narbonne.
  • L’activité marseillaise s’étend progressivement et s’exporte.
  • Les Marseillais innovent avec leur procédé dit « de la grande chaudière avant liquidation« .
  • 1593. Georges Prunemoyr dépasse le stade artisanal en créant la première fabrique de Marseille.
  • 17e s. La demande est telle que les savonniers marseillais doivent faire venir du savon de Gênes et d’Alicante.
    1. La Guerre d’Espagne bloque les approvisionnements d’Alicante.
    2. La demande venue de France, des îles britanniques, de Hollande, d’Allemagne… ne cesse de grandir.

 

 

Savons de Marseille © donbalon et Jackmac – Pixabay.com

 

 

  • Sous Louis XIV,  la production de savon prend un nouvel essor.
    1. Jean-Baptiste Colbert prend conscience de la source de revenus pour la France que représentent les savonneries de Marseille.
  • 1660. Marseille compte 7 fabriques de savon qui produisent 20 000 tonnes.
    1. Le savon de Marseille est de couleur verte.
    2. Le savon est vendu en barres de 5 kg ou en pains de 20 kg.
  • 1688. 5 octobre. Un édit de Louis XIV, signé par Jean-Baptiste Colbert de Seignelay fils de Colbert, réglemente la fabrication du savon.
    1. L’article III de l’édit précise ainsi  : « On ne pourra se servir dans la fabrique de savon, avec la barrille, soude ou cendre, d’aucune graisse, beurre ni autres matières ; mais seulement des huiles d’olives pures, et sans mélange de graisse, sous peine de confiscation des marchandises ».
    2. Les manufactures de savons sont contraintes de cesser leur activité l’été car la chaleur nuit à la qualité du savon.
    3. Les effets de cette réglementation sont favorables à Marseille en assurant la qualité de la production, en éliminant des concurrents et en faisant la renommée des savonneries marseillaises.
  • 17e s. Des fabriques de savon s’installent dans en Provence à Arles, Salon-de-Provence, Toulon
  • 1789. Marseille compte 65 fabriques de savon. Arles et La Ciotat en ont chacune 2, Aix, Lambesc, Roquevaire, St-Chamas 1 chacune…
  • 18e s.19e s. La rupture des approvisionnements par voie maritime en cendres de Sicile et de Sardaigne comme en soudes d’Espagne conduisent les industriels marseillais à utiliser de la soude artificielle découverte par Nicolas Leblanc.
    1. Le nouveau produit s’avérant trop cassant à la découpe, les Marseillais intègrent des huiles de noix, de colza et de lin à la fabrication.
    2. Le procédé entraîne une pollution majeure de l’Etang de Berre.
  • 1845. La grande majorité des savonniers marseillais utilise des huiles de graines oléagineuses dont le coût est bien inférieur à celui de l’huile d’olive.
  • 19e s. De nouveaux outillages et l’utilisation de la vapeur au feu nu pour les chaudières changent les méthodes de production mais il subsiste une production de savons traditionnelle « à la marseillaise ».
  • L’invention de la soude à l’ammoniaque mise au point par le Belge Solvay accélère les mutations.
  • Triomphe du cube unicolore « Extra pur » à 72% de matières grasses.
  • L’empire colonial fait connaître des produits tropicaux : copras, palmistes…
  • 1902. Marseille compte 86 savonneries, Salon 5, Aix 2, Grans 1.
  • 1906. Les travaux de François Merklen donnent une explication physico-chimique à la saponification.
  • 1925. Le savon de Marseille est à son apogée.
    1. L’Empire français fournit matières premières et marchés.
    2. Le savon de Marseille s’adapte à des usages variés, tout en étant économique à l’emploi.
    3. L’image et la notoriété de savon de Marseille sont à leur apogée.
    4. Les marques connues sont « Le Chat« , « Le Fer à cheval« , « La Pomme« , « La Tour« …
    5. Marseille compte 108 savonneries, sans compter les usines spécialisées dans les savons ultra-fins et les savonnettes. Salon-de-Provence compte 14 usines, Aix 1.
  • 1945. L’après-guerre est terrible pour le savon de Marseille.
    1. La perte de l’Empire français est fatale.
    2. La concurrence d’autres pays et d’autres fabricants de savon est dure.
    3. La diversification du savon en lessives en poudre, détergents de synthèse, shampooings… concurrence le savon et plus particulièrement celui de Marseille réputé pour son économie et son multi-usages…
    4. Les textiles ont évolué : couleurs, matières, rythme de lavages, types de salissures…
    5. Très peu d’innovations et d’adaptation à la demande des marchés par les industriels marseillais : à l’heure du Marketing, les industriels restent orientés production.
    6. L’offre reste sous forme de cubes de 200 gms à 1 kilo sans amélioration de la présentation et des conditionnements…
    7. On l’oublie mais les plus grands du marketing de la grande consommation étaient pourtant présentes à Marseille : Colgate-Palmolive, Unilever… Ils étaient plus présents pour acquérir des savoir-faire…
  • 20e s. Une nouvelle demande et une nouvelle offre se développent sous la forme de production artisanale « de niches ».

 

 

Savon de Marseille et « Made in Marseille »


 

Savon de Marseille © bDom – Pixabay.com.

 

 

  • Le terme « savon de Marseille » n’est pas une appellation d’origine contrôlée.
  • La dénomination correspond  à un procédé de fabrication approuvé depuis mars 2003 par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes ou DGCCRF, dépendant du Ministère des Finances.
  • Cette méthode est issue d’un code validé  par l’Association Française des Industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène Industrielle ou AFISE.

 

Le « code du savon de Marseille » définit plusieurs notions

 

  • Il limite les additifs et exclut en particulier les tensio-actifs de synthèse.
  • Les additifs utilisables doivent être conformes à la directive CE 76/768 relative à la mise sur le marché des produits cosmétiques, d’hygiène et de toilette.
  • Le code distingue une qualité dite savon de Marseille brut, sans colorant, sans parfum, sans additifs.

 

Aux termes de ce code, il n’y a pas d’obligation de fabriquer un savon à Marseille pour qu’il puisse avoir l’appellation.

 

  • L’appellation est liée à la méthode de saponification dite « marseillaise », mise au point grâce au procédé Leblanc de fabrication chimique de la soude caustique.
  • Par voie de conséquence, la Chine et la Turquie sont les plus importants fabricants de savon de Marseille.
  • Da fait, plusieurs intervenants sont des « conditionneurs » de savon sur une base provenant largement d’Asie du Sud-Est.
  • Le travail consiste uniquement à colorer, parfumer et mouler cette base savon fabriquée selon un procédé moderne qui peut bénéficier de l’appellation Marseille selon le code de l’AFISE.
  • Cet état de fait n’est pas à regretter car il permet à des « agents économiques » de faire preuve de marketing et de créativité tout en limitant la pollution locale.

 

Les gros cubes de savon estampillés

 

  • On nommait les gros cubes de savon bouton d’or, perroquet ou pur sapin.
  • Leur production semblait relever de l’alchimie plus que de la chimie : des huiles, des cendres, des sels, une pâte bouillonnante qui se métamorphosent en cubes lisses et odorants.
    1. Découpés aux mêmes dimensions, les cubes de savon doivent sécher sur des claies.
    2. Le produit reçoit sa marque par estampillage, un peu comme les taureaux marqués au brandon (cette pièce de métal brûlant a donné le mot brand – marque en anglais) en Camargue.
  • Ces cubes empilés sur une étagère se bonifiaient avec le temps.
  • C’était le temps des lavandières et des cabinets de toilette.
    1. L’eau courante n’existait pas encore.
    2. Les femmes se rassemblaient autour des points d’eau et des lavoirs, lieux sociaux par excellence, avant de devenir des femmes au foyer qu’il aurait fallu nommer femmes au robinet.

 

 

Le Savon de Marseille et ses gros cubes sauvés par la vague écologique


 

 

  • La machine à laver, les poudres et les enzymes semblaient avoir envoyé le Savon de Marseille aux oubliettes et aux musées…
  • Les gros cubes qui se bonifiaient en séchant ont retrouvé de la noblesse et des usages.
    1. Les vertus hypoallergéniques et biodégradables du Savon de Marseille sont de plus en plus appréciées.
    2. Les vertus adoucissantes, détergentes et purifiantes étaient comme sublimées par 2 chiffres.
      1. 72% estampillé sur le cube traditionnel, couleur d’olive ou de sable, désigne l’indispensable taux de matières grasses végétales entrant dans la fabrication.
      2. 1688. la date de l’édit de Colbert fixant le cadre de la production.
        1. Ce Colbert est Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, fils du célèbre Jean-Baptiste.

 

 

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